Saturday, December 26, 2009

Uchronie


2 janvier 1492. Boabdil, dernier émir du Royaume de Grenade vient de rendre les clefs de la ville à Ferdinand d'Aragon et Isabelle de Castille, "pleurant comme une femme ce qu'il n'avait su défendre comme un homme" selon la formule consacrée. La Reconquista est terminée. Trente neuf ans après la catastrophique prise de Constantinople par les Turcs, les chrétiens sont parvenus à chasser les mahométans de l'ancienne Hispanie. Vont-ils pousser plus loin la reconquête des territoires de feu l'Empire romain ? Oseront-ils profiter de leur avantage technologique et économique croissant face aux civilisations de la rive sud pour établir des têtes de pont en Afrique du Nord et sécuriser la Méditerranée ? Vont-ils déverser leur futur excédent démographique pour coloniser et mettre en valeur les terres fertiles de l'Egypte et de l'arrière pays algérois ? Non, rien de tout cela, car la même année Christophe Colomb découvre l'Amérique, évènement aussi totalement inattendu que capital, et qui va bouleverser le cours de l'Histoire.

L'énergie des pays d'Europe, jusqu'à présent consacrée à la reprise des territoires perdus aux mains des musulmans, sera désormais dévolue à la colonisation des régions Outre-Atlantique. Le virage, suffisamment lent pour ne pas être évident au premier regard est néanmoins indéniable quand les années deviennent des décennies. Malgré Lépante quelques décades plus tard et l'union des chrétiens en cette occasion, les centres d'intérêt du Vieux Continent se déplacent irrémédiablement à l'ouest. La Méditerranée sera délaissée par les grandes puissances et ce ne sont pas les royaumes italiques, plus divisés que jamais, qui pourront infléchir la balance.

Les Européens vont coloniser le Nouveau Monde avec l'énergie et la vigueur qu'on leur connaît, détruisant des civilisations raffinées et complexes mais, dans le meilleur des cas, restées à l'âge du bronze. Jamais dans l'histoire de l'humanité un tel différentiel militaire n'avait opposé deux civilisations. C'était comme si les conquistadores munis d'arquebuses et de canons débarquaient dans une Grèce de gymnètes et privée de chevaux. Pour la première fois, nos aïeux découvrent un continent auquel ils ne peuvent en aucune manière se relier, l'altérité au sens le plus abouti. Loin de leur pays natal et persuadés de ne jamais y retourner, sans aucune femme européenne à proximité, les conquérants blancs vont faire souche dans leur région d'adoption, épouser les femmes indigènes et des esclaves africaines converties avec la bénédiction de l'Eglise, plus catholique que jamais. Plus au nord et plus tard, dans la baie glacée du Massachusetts, les colons Anglais, persuadés d'être les nouveaux Hébreux ont tout laissé dans la Babylone européenne pour bâtir une nouvelle Jérusalem en Amérique. Tout un symbole. 1492 a d'une certaine manière ouvert les portes du métissage et du déracinement politisés, voire sacralisés puisque considérés comme les piliers fondateurs des nouveaux pays d'Amérique. L'Europe n'existe plus. Place à l'Occident.

Pendant ce temps, la Méditerranée devient une arrière cour, une région en déclin où les pirates mahométans feront la loi jusqu'en 1830 et la prise d'Alger, poussant l'audace jusqu'à capturer des navires...américains. Imaginez vous si les raids vikings en Europe septentrionale s'étaient poursuivis jusqu'au premier tiers du XIXe siècle! Maintenant vous comprenez pourquoi les Européens de Méditerranée bâtissaient leurs villages sur des pitons rocheux facilement défendables, au milieu de terres pauvres et arides, plutôt qu'au coeur des vallées ou le long des côtes. Curieusement, c'est très exactement en 1492, au moment même où l'Europe aurait pu définitivement reconquérir la mare nostrum, chasser les Ottomans d'Europe et rétablir l'Empire d'Auguste qu'elle a choisi de ne pas poursuivre la mission qui lui était dévolue. C'est un paradoxe que de voir cet Occident plus puissant dans ses Indes Occidentales à des milliers de kilomètres de son foyer originel que dans le détroit de Sicile! Les Occidentaux, futurs maîtres du monde, ne furent jamais aussi faibles que dans la Méditerranée de Périclès et de César. Face à l'ennemi du trottoir d'en face, elle a fait le tour du pâté de maison. Un white flight géopolitique...

Sans l'Amérique, pas de tomate ou de maïs, mais pas de Destinée Manifeste ou de "question noire". Pas de thalassocratie mais une tellurocratie, la Méditerranée ne redevenant qu'un lac. Au lieu de fonder une nouvelle Jérusalem, nous aurions peut-être repris possession de l'ancienne. Pour éponger son excédent démographique, il est fort probable que l'Europe aurait envoyé ses millions de fils à la guerre contre l'ennemi commun, reprenant Sainte-Sophie au bout de combats épiques dans les rues de Constantinople rougies de sang. Plus de mille ans plus tard, la réunion des Empires romains d'Occident et d'Orient.

Monday, December 21, 2009

Solstice d'hiver


Lever de soleil à Pinarellu, Corse-du-Sud


Représentation contemporaine d'Hélios, dieu du soleil

Saturday, December 12, 2009

Les droits de l'homme ou Auschwitz



Le pape Benoit XVI a remis le prix "Auschwitz des Droits de l'Homme - Jean Paul II" à André Glucksmann. Oui vous avez bien lu, André Glucksmann le maoïste, fondateur avec BHL du cercle des nouveaux philosophes, farouche partisan du bombardement de la Serbie par l'OTAN et de la guerre en Irak. D'après le lauréat "Auschwitz est le contre fondement des droits de l'homme. Le fondement des droits de l'homme, c'est qu'on veut éviter Auschwitz, qu'on veut barricader les portes de l'enfer".

Vous voilà prévenus: c'est la religion des droits de l'homme ou Auschwitz, vous n'avez aucune alternative. S'opposer à la religion des droits de l'homme (RDDH) c'est invariablement condamner l'humanité à l'Enfer, pardon, à Auschwitz. Comme le font chaque jour, à la louche, les quatre milliards d'Indiens, de Chinois, de Japonais et de musulmans, ainsi que la poignée de révoltés dans les sociétés occidentales. Mince alors, il semblerait que les sectateurs de la RDDH soient minoritaires au sein de l'espèce humaine! Et la Terre n'a pas encore brulé!

La boucle est bouclée, le christianisme des élites, grignoté petit à petit par l'hérésie des droits de l'Homme s'intègre chaque jour davantage dans la matrice de la religion dominante, à tel point qu'il devient de plus en plus difficile de les différencier l'un de l'autre. La messe moderne ? Une hostie dans la main et un peu de vos sous pour les petits Africains-qui-meurent-de-faim-à-cause-de-notre-égoïsme. En filigrane, adopter un christianisme non compatible avec la RDDH, comme le catholicisme pré-Vatican II, c'est également réitérer Auschwitz. Avis à nos amis tradis... Et je ne vous parle même pas du paganisme, cette religion des SS, et des Romains (parait-il), dont les Dieux ne se souciaient même pas d'Auschwitz...pfff.

Jamais nos élites ne sont à ce point apparues participer au même processus, obéir à la même Bête: Juifs maoïstes et Catholiques anciens des Jeunesses hitlériennes, athées pro-choix et musulmans modérés, chrétiens à guitare et francs-maçons géomètres. Tous unis sous la bannière de la RDDH! Partout le même discours, comme si l'Europe entière pensait à l'identique, formatée par une pensée unique devenue universelle. Pauvres natios! Coincés entre les zombies de la RDDH et les envahisseurs mahométans du Tiers-Monde! Pauvre chrétien d'Europe, sommé d'aller prier "dans les mosquées et les synagogues" selon le bon mot de Jean-Pierre Mignard. Manquerait plus qu'il vote FN aux prochaines régionales. Le salaud.

Addendum: Je ne peux m'empêcher de citer cet extrait remarquable d'Alain de Benoist:
"En présentant les droits de l'homme comme des droits « humains », comme des droits « universels », on les soustrait nécessairement à la critique — c'est-à-dire au droit de les questionner — et, en même temps, on place implicitement leurs adversaires hors humanité, puisqu'on ne saurait s'en prendre à qui parle au nom de l'humanité en restant soi-même humain. De même, enfin, que les croyants pensaient naguère avoir le devoir de convertir par tous les moyens « infidèles » et mécréants, les tenants du credo des droits de l'homme se considèrent comme légitimement investis de la mission d'en imposer les principes au monde entier. Théoriquement fondée sur un principe de tolérance, l'idéologie des droits de l'homme se révèle ainsi porteuse de l'intolérance la plus extrême, du rejet le plus absolu. Les Déclarations des droits ne sont pas tant des déclarations d'amour que des déclarations de guerre."

Alain de Benoist - Au delà des droits de l'homme, défendre les libertés.

Saturday, December 5, 2009

Christianisme(s)

Curieusement, c'est au nom d'une identité européenne chrétienne que la majorité des Européens s'opposent à la construction de minarets, voire de mosquées sur leur sol national. Je dis "curieusement" parce que la totalité des institutions religieuses, Vatican en tête, ont participé au concert de protestations visant à faire passer les Suisses pour de sales fascistes. Comme si les peuples d'Europe et les diverses églises avaient des conceptions différentes, voire opposées de la même religion! La divergence est en réalité, beaucoup plus profonde. Ce n'est tout simplement plus la même religion que pratiquent (ou pas) les populations européennes et leurs instances ecclésiastiques.

Pour les peuples d'Europe, le christianisme est leur religion, leur histoire et leur patrimoine, il incarne la civilisation européenne d'une façon charnelle et viscérale. Même s'ils ne vont plus à l'église, les Européens sentent qu'ils participent à une civilisation unique au monde, qu'ils font partie d'un ensemble commun façonné par l'Histoire. Pour les élites religieuses, le christianisme est une idée de tolérance et de mieux-vivre mondial, une éthique globalisante visant à créer un monde plus juste et équitable. La vision populaire du christianisme le rapproche de ces religions païennes enracinées alors que la vision élitiste l'associerait plutôt aux droits de l'homme.

L'église de Patrimoniu en Corse, bâtie non loin d'un site mégalithique

Il existe donc deux christianismes: celui transmis de manière ininterrompue par les hommes depuis la nuit des temps via le paganisme, celui des clochers de campagne et des sources sacrées, des saints calendaires et des icônes, d'un rapport à la divinité rempli de merveilleux et de poésie. Et puis celui, déraciné et sentimentaliste, le christianisme des ONG et des Journées Mondiales de la Jeunesse, celui des élites protestantes et catholiques. Pourquoi observe-t-on une telle disparité ?

La raison est évidente: si le christianisme des peuples parvint à se préserver tant bien que mal jusqu'au milieu du XXe siècle, celui des élites fut contaminé très tôt par les droits de l'homme, cette religion des philosophes du XVIIIe siècle. Si le mal mit plusieurs décennies à prendre racine, il fit diverger dans de nombreux esprits la vieille religion de l'Europe, la bornant aux impératifs des droits de l'homme, la transformant en une vulgaire superstitio, au sens latin du terme. Partout en Occident*, le christianisme subit les mêmes mutations: refus de la pompe et du mystérieux, abandon du domaine public et renvoi dans le champ privé, compatibilité avec les "droits humains", ce dernier aspect signifiant en vérité une soumission totale à la religion des droits de l'Homme. Lentement mais sûrement, le christianisme charnel abandonna ses oripeaux l'un après l'autre. Notez d'ailleurs quels sont les derniers lambeaux du véritable christianisme dans la religion catholique qui hérissent les bien-pensants: le rejet de l'avortement, l'opposition au mariage homosexuel, l'anti-individualisme, trois aspects foncièrement incompatibles avec la religion au pouvoir, celle des droits de l'Homme!

Les droits de l'Homme, religion hégémonique de l'Occident

C'est pour cette raison que les changements apportés de manière brutale par le concile Vatican II chez les catholiques et plus insidieusement chez les protestants ont provoqué un tel désaveu chez les fidèles. L'ancienne religion est devenue méconnaissable. L'infusion d'idées provenant de la religion des droits de l'homme l'ont transformée en un ersatz de christianisme, une rationalité froide et distante, un club de bisounours dans lequel on se donne l'accolade à la fin du spectacle. Plus le temps passe et plus la religion officielle se rapproche de la doxa dominante, jusqu'à ne plus faire qu'une avec elle. Les fidèles, en quête de religions non contaminées par l'hérésie des droits de l'homme, se tournent alors vers "la concurrence", des groupes et sectes vierges de toute compromission avec les forces dominantes. Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si ce sont les religions les plus intransigeantes avec les droits de l'Homme (Catholicisme traditionnel, islam, Orthodoxie) qui attirent le plus de convertis.

Si les Suisses en particulier et les Européens en général ont dit non à l'implantation de l'islam en en Europe ce n'est nullement au nom du christianisme des élites qui, comme les droits de l'homme, est totalement indifférent, voire favorable à l'installation d'autres religions sur le territoire. C'est au nom de ce christianisme génétique qui fait désormais partie intégrante de leur identité, ce christianisme que l'élite mondialiste cherche à éradiquer par tous les moyens afin d'offrir un monde pour tous et un dieu pour chacun**.

*: je dis Occident, parce qu'il me semble que l'Orthodoxie, moins centralisée et sujette aux caprices théologiques d'une élite comme le Catholicisme, moins propice à l'émiettement des personnalités et des sous-sectes que le protestantisme, semble avoir bien mieux résisté aux assauts de la religion des droits de l'Homme.

**: slogan officiel de l'Unimonde Humain dans le roman Cosmos Incorporated de Maurice G. Dantec.